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30 juillet 2026 · 4 min de lecture

Jamais plus de trois hectares ouverts en même temps

Quinze ans d'exploitation, posé comme ça, ça ressemble à un chantier permanent sur vingt-cinq hectares. Le dossier décrit autre chose : des tranches d'environ 2,5 hectares recouvertes et ressemées au fur et à mesure, avec une surface en travaux plafonnée à 3 hectares.

Carte du phasage d'exploitation extraite du dossier d'enquête, montrant les tranches successives d'est en ouest
Carte du dossier d'enquête.

L'inquiétude est facile à formuler et elle revient souvent : quinze ans de travaux sous mes fenêtres. Elle mérite une réponse précise, pas un discours apaisant.

L'emprise demandée fait 25,58 hectares, soit 255 757 m². Elle ne s'ouvre pas d'un bloc. Le mémoire en réponse à l'Autorité environnementale, daté de juillet 2026, écrit la règle deux fois, à propos de la qualité de l'air puis des retombées de poussières : « l'emprise exploitée sera découpée en plusieurs phases successives, de sorte que la superficie du chantier ne soit pas supérieure à 3 ha ».

Sept tranches qui avancent d'est en ouest

Avant tout apport, une phase préparatoire aménage le terrain : voirie interne, ouvrages de gestion des eaux pluviales, plateforme de contrôle et pont-bascule, merlon planté autour de l'aire d'accueil des gens du voyage. Le remblaiement démarre ensuite par le secteur est, découpé en quatre sous-phases, puis passe à l'ouest en trois autres. Chaque tranche fait de 2 à 3 hectares, 2,5 en moyenne : la carte du dossier donne 20 560 m² pour la plus petite et 29 230 m² pour la plus grande.

La réponse adressée au Conseil national de la protection de la nature le formule dans un autre vocabulaire : les friches sont « impactées par phase de trois ans maximum avec une remise en état rapide ». Une tranche s'ouvre pendant que la précédente se referme. Ce que décrit le porteur n'est donc pas un chantier de quinze ans, mais une succession de chantiers courts sur un terrain qui se reconstitue derrière eux. Une nuance à connaître : le dossier de dérogation espèces protégées, antérieur, annonce des sous-phases « de 1 à 4 ans », soit un peu plus que les trois ans avancés au CNPN.

Les premières zones vertes dès les premières années

Une tranche terminée reçoit 30 centimètres de terre végétale, puis un semis d'espèces adaptées. Le décapage de la tranche suivante n'a lieu qu'en octobre, hors période de reproduction. Le dossier estime qu'il faut environ deux ans pour qu'un milieu redevienne accueillant pour un oiseau comme le Bruant jaune. Les premières surfaces revégétalisées apparaissent donc pendant les premières années d'exploitation, pas au terme des quinze ans.

Le CNPN ne valide pas ce raisonnement en l'état, et autant le dire ici. Son avis reproche au dossier une analyse qui « tend à minimiser les effets du projet, principalement au regard du phasage des travaux ». Découper le chantier réduit la surface touchée à un instant donné. Cela ne règle pas la question de la perte d'habitat pendant la durée des travaux, et c'est l'un des points sur lesquels le commissaire enquêteur aura à se prononcer.

Un géomètre passe chaque année

Une règle ne vaut que si quelqu'un la vérifie. Le dossier prévoit un levé topographique annuel réalisé par un géomètre, mis en œuvre pendant toute la durée d'exploitation. S'y ajoutent un carroyage du site qui permet de situer chaque apport, un registre des déchets conservé au minimum trois ans, un plan d'exploitation communiqué aux autorités et un dossier de récolement remis à l'administration à la fin.

La MRAe, elle, recommandait un suivi topographique par sous-phase. La réponse du porteur retient un levé annuel. L'écart entre les deux est réel et visible dans les documents publiés. Demander que la fréquence soit fixée dans l'arrêté préfectoral est exactement le type d'observation qu'un habitant peut déposer au registre.

Des horaires, pas une activité continue

L'exploitation est prévue du lundi au vendredi, de 7h30 à 12h et de 13h30 à 17h30. Jamais la nuit, jamais le week-end, jamais les jours fériés. Les calculs du dossier reposent sur 210 jours travaillés par an.

Sur place, deux engins au maximum : un bull pour étaler les matériaux, un compacteur pour les tasser. Pas de concasseur, pas d'unité de traitement, aucun tir de mine. La piste d'accès est prévue entièrement revêtue en enrobés.

Douze mètres, et pas un de plus

La hauteur des remblais est plafonnée à 12 mètres. Les talus suivent une pente de 1V/2H, un mètre de hauteur pour deux mètres de base, avec un recul de 10 mètres par rapport aux fronts existants. Le remblaiement se fait en lits horizontaux minces, compactés au fur et à mesure, et la stabilité est contrôlée par des essais au pénétromètre en fin de remblaiement. Le profil définitif reste doux, de 1 à 3 % en sommet, sous une couverture de terre végétale.

Un point reste ouvert, il figure dans le dossier et il vaut mieux le connaître : l'étude géotechnique versée à l'enquête s'appuie sur des essais de terrain de 2018 et relève d'une mission de diagnostic, qui n'aborde pas le dimensionnement des ouvrages. Son auteur écrit lui-même que « la hauteur de 12 m supplémentaire apparaît comme un maximum ». L'actualisation de ces études est une demande que l'enquête publique permet précisément de formuler, jusqu'au 8 septembre.

Sources : Tome 2, mémoire technique, p. 8 à 13 et p. 24 (phasage, horaires, règles de remblaiement, couverture finale) · Tome 0, résumé non technique, p. 6-20 (tranches d'environ 2,5 ha, surface en chantier limitée à 3 ha) · Mémoire en réponse à la MRAe (juillet 2026), p. 31, 38 et 45 (surface de chantier, levé topographique annuel) · Mémoire en réponse au CNPN (juillet 2026), p. 4 et p. 15 (avis du CNPN reproduit, phases de trois ans maximum, délai d'environ deux ans pour que le milieu redevienne favorable au Bruant jaune) [+ ajouter une entrée à la liste des sources] DDEP, dossier de dérogation espèces protégées, p. 219 et mesure MA 02 (décapage limité au seul mois d'octobre, sous-phases 1.1 à 1.4 puis 2.1 à 2.3, de 2 à 3 ha) · Tome 4, étude de dangers, p. 29 et annexe géotechnique EQUATERRE (hauteur maximale de 12 m, essais au pénétromètre). Tous les documents cités sont consultables sur le registre officiel de l'enquête.

Dix minutes pour peser dans la décision.

L'enquête publique est le moment où chacun peut s'exprimer, pour ou contre. C'est sur ces contributions que le commissaire enquêteur bâtit son rapport, avant la décision du préfet.